Christophe Mombet, directeur du rugby et de la formation Racing 92

Christophe MOMBET, directeur du Rugby et de la Formation au Racing 92 : ” La formation en Rugby en France est bonne, mais il faut donner davantage d’outils techniques au joueur…”

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Visvictus : Bonjour Christophe, peux-tu te présenter… Ton parcours… ?

Christophe MOMBET : Bonjour Estelle. Je m’appelle Christophe MOMBET. J’ai plusieurs vies ! J’ai 57 ans et je suis professeur d’Education Physique au départ et ancien joueur du Racing 92 notamment.

Christophe MOMBET, directeur du Rugby et de la Formation Racing 92
Christophe MOMBET, directeur du Rugby et de la Formation Racing 92

Ce qui m’a apporté le plus d’expérience c’est plutôt l’entraînement. Et en termes d’entraînement, j’ai été professeur d’Education Physique parce que je voulais faire du sport et que je voulais faire du rugby. Moi je suis un mono maniac et je ne suis que rugby. Donc, j’ai vite débouché sur un poste de Conseiller Technique à la Fédération Française de Rugby.

MOMBET Christophe Manager. ancien CTR et Entraineur National de la FFR
MOMBET Christophe Manager. ancien CTR et Entraineur National de la FFR

J’ai commencé comme ça il y très longtemps. Et j’ai eu la chance d’entraîner le Racing 92, le Stade Français, l’ASM…J’ai été Manager de l’équipe professionnelle de Clermont. Et puis j’ai eu la chance d’entraîner toutes les équipes de France. J’ai entraîné les équipes de France de moins de 18 ans, j’ai été Manager des moins de 19 ans pendant une dizaine d’années. J’ai été entraîneur de ce que l’on appelait les Espoirs à ce moment là, c’est à dire les moins de 21 ans, et de l’équipe de France, la grande Equipe de France, de 1991 à 1995 avec Pierre BERBIZIER. Alors, si tu as vu le film Invictus, avec une partie sur la Coupe du Monde 1995 en Afrique du Sud.

Abdelatif Benazzi (XV de France) face à l'Afrique du Sud - 1995
Abdelatif Benazzi (XV de France) face à l’Afrique du Sud – 1995

Donc mon parcours est assez jalonné d’expériences dans le rugby. Avant de revenir en 2011 au Racing 92, j’ai passé une dizaine d’années à la FFR où j’étais DTN adjoint chargé du Haut Niveau Jeunes. Donc je détectais et je sélectionnais tous les jeunes en France. Enfin, j’étais responsable du système de détection et de formation des joueurs. C’est pour ça que j’ai été appelé ici par Pierre BERBIZIER et Jacky LORENZETTI pour développer la formation ici. Voilà, tout cela fait que je commence à avoir un peu de bouteille, un peu d’expérience sur ces aspects. En venant ici, je me suis attaché à développer sur deux axes :

  • avoir des structures fortes pour permettre au club de se développer et « d’approvisionner » en termes de joueurs de haut niveau et avoir une formation de haut niveau,
  • et aussi avoir des équipes qui fonctionnent bien !

    centre de formation du racing 92
    centre de formation du racing 92

Donc ce sont deux axes parallèles. Avoir des équipes, chaque année, qui sont capables de jouer des phases finales de championnat de France. Et en même temps dans le club, avoir un plan de développement du joueur ou un plan de développement de l’élite, qui est de sortir les meilleurs joueurs de chaque catégorie pour pouvoir les détecter et les former spécifiquement. Nous, on a créé un plan de développement qui a 3 grands axes : le premier, c’est un bon niveau de l’école de rugby. Ici, il y 400-500 gosses qui sont dans les écoles de rugby, donc c’est avant les moins de 14 ans, sortir les meilleurs joueurs et les mettre en suite dans l’Académie : c’est un programme de travail spécifique pour une cinquantaine de joueurs qui ont été détectés. Et après, il s’agit de les faire rentrer au Centre de Formation. Donc en parallèle, on a l’entraînement pour tous et la volonté d’avoir des équipes qui réussissent à haut niveau. Et pour les meilleurs, une sélection et une formation spécifique.

Visvictus : Comment se passe la détection ? Comment isoler les meilleurs ?

Christophe MOMBET : En fait ce que l’on fait, c’est qu’on s’appuie sur l’homme, même si on s’appuie beaucoup sur les structures. En arrivant ici, je me suis attaché à mettre en place un plan, mais surtout avoir des hommes qui rentrent dans ce plan et qui sont susceptibles de le développer et de l’améliorer, ce que je pense être le cas en ce moment. Donc je m’appuie sur les joueurs et les entraîneurs de chaque catégorie, et je leur demande systématiquement, avant d’aller les voir jouer, de me sortir les joueurs qui représenteraient un potentiel.

entraînement des jeunes Racing 92
entraînement des jeunes Racing 92

Alors ce potentiel peut être de 2 ou 3 ordres. Un potentiel physique, car pour nous la morphologie c’est hyper important. Cela peut être un potentiel de capacités physiologiques : soit de la vitesse, des appuis… Soit c’est… alors les footeux ils disent « une émotion », enfin la capacité à sentir le jeu, une intelligence de jeu, la capacité technique à faire des choses que les autres ne font pas… tu vois, c’est un petit truc qui fait que… Moi, ce que je dis toujours, c’est que pour le joueur il faut qu’il y ait au moins un point fort, qui fait que tu vas t’intéresser à lui. Ca ne voudra pas dire que sur le long terme il sortira, mais en moins de 12 ans, moins de 13 ans, moins de 14 ans, tu l’auras vu et tu sauras par exemple que lui, ce sont ses appuis qui sont exceptionnels… Bon… ça, tu vois ce sont des qualités incontournables au plus haut niveau. Alors cette qualité là, il faudra tout faire pour continuer à la développer… Donc, moi, je m’appuie sur les hommes et je vais voir les équipes après. Parallèlement à cela, j’ai mis en place une cellule de recrutement et de détection. C’est un petit pool d’entraîneurs et de dirigeants ici, qui sont amenés à regarder les équipes et ceux qui sont à l’extérieur. Ils voient d’autres clubs et d’autres joueurs, et ils nous permettent aussi de recruter de très bons joueurs. Voilà, donc, un plan de développement, une structure de recrutement et de détection, et des hommes capables de regarder cela.

Visvictus : Que penses-tu dans un premier temps de la formation en rugby en France de manière générale ? Est-ce comparable avec ce qui fait à l’étranger ? Et dans un second temps, quels sont les « plus » du Centre de Formation du Racing 92 ?

Christophe MOMBET : La formation française, on pourrait en parler pendant des heures… Alors, moi j’étais un acteur impliqué dans la formation en France, à travers la FFR, étant à la Direction Technique Nationale. Donc ça passait aussi par moi : j’étais responsable du Pôle France, du Pôle Espoir… Je pense que la formation est bien organisée. La détection est bien organisée. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui passent au travers. Entre la formation et la détection il y a quand même un fossé assez important et je pense que sur la formation, on est resté aujourd’hui sur des schémas qui sont un peu dépassés. Nous, on dit que pour être bon dans ce sport, il faut comprendre le jeu, lire le jeu, il faut être capable d’analyser des situations. Et si on choisit ou si on répond bien à la situation, il faut travailler après pour pouvoir répondre techniquement à ça. Alors que pour les anglo-saxons, c’est le contraire : eux, ils disent que pour pouvoir jouer, il faut avoir tout l’arsenal technique d’abord. Pour eux, la technique vient en numéro 1, alors qu’en France, on va travailler plutôt tout ce qu’on appelle l’intelligence tactique, ou la circulation…, des choses comme ça. Alors, c’est une bonne chose pour nous, ça nous va bien, mais le problème c’est que la technique vient beaucoup trop tard. On arrive avec des joueurs qui ont des capacités physiques, une compréhension du jeu, mais techniquement, ils ne sont pas capables de jouer et résister à un haut niveau de pression. Alors que les anglo-saxons c’est le contraire : ils disent « on ne remet dans le jeu que ce qu’on sait faire ».Il n’y a pas à choisir entre notre et leur façon de faire. Il faut qu’on garde notre culture. Par contre, il faut qu’on amène un arsenal technique aux joueurs beaucoup plus important et beaucoup lus tôt. Au Centre de Formation, on travaille sur deux choses très importantes : la motricité, la capacité à être à l’aise physiquement dans n’importe quelle situation. Et la deuxième chose, c’est de donner tous les outils techniques au joueur pour qu’il puisse vraiment travailler. Et ça, c’est le plus difficile pour un entraîneur. Ce qui est dur pour un entraîneur, c’est observer, voire ce qui ne va pas, corriger. Souvent les entraîneurs, ce qu’ils mettent en place, ce sont des situations, mais tu te contentes du mouvement qu’elles génèrent. C’est bien sur le moment, mais ça ne fait pas progresser le joueur sur sa technique. Les anglo-saxons sont hyper pointus sur la technique, ce qui demande une compétence terrible à l’entraîneur. Nous, on a un travail à faire sur la formation du joueur, mais aussi sur la formation des entraîneurs. Il faut leur apporter une dose technique très importante. Si tu n’as pas les moyens techniques, c’est très compliqué quand tu arrives au plus haut niveau.

Visvictus : Tu dis qu’il faut travailler la technique plus tôt. A quel âge, à quel moment… ?

Christophe MOMBET : On utilise ce que l’on appelle le Plan de Développement à long terme. En fonction des stades de développement, de maturation du joueur, on va lui apporter plus ou moins de technique ou de bases de travail physique. Nous, on sait qu’en moins de 6 ans, on peut travailler par exemple la passe, qu’en moins de 8 ans ou en moins de 12 ans on peut travailler sur du jeu aux pieds, qu’en moins de 14 ans on peut travailler sur autre chose… Le tout est d’avoir une logique dans ce que l’on fait, d’avoir une certaine cohérence. Donc, oui, travailler sur la base générale qui est la compréhension du jeu, et selon les âges, il faut que l’on amène les outils techniques à chaque joueur. Le plus du Racing est d’avoir compris cela. Il se trouve qu’on a de la chance car c’est la deuxième année que notre Centre de Formation est numéro 1 en France, c’est bien, mais ça n’est pas que sur de la technique ou du rugby, mais aussi sur l’ensemble de l’organisation et des structures. Notre évolution au Racing, c’est de « faire » physiquement des joueurs capables de jouer chez les professionnels, quand on sait l’exigence que c’est. Et aussi techniquement ! Et là, on n’a pas droit à l’erreur ! On doit donc travailler en gardant notre culture mais aussi être intransigeant sur la technique, apporter d’autres outils plus en amont, et aussi un travail sur le mental. La formation en France est bonne. On est dans les meilleures nations, on a de bons joueurs, on a un vivier de joueurs qui est très bon et qui est important, mais on a des joueurs qui à haut niveau, pour certains, manquent de technicité.

Visvictus : La Coupe du Monde de Rugby a lieu prochainement. Quel est ton pronostic ?

Christophe MOMBET : Mon pronostic, c’est : quart de finale pour l’équipe de France, c’est sûr. Vu la poule que l’on a, on sortira soit premier soit second…

calendrier xv de france coupe du monde de rugby 2015
Calendrier XV de France Coupe du Monde de Rugby 2015

Aujourd’hui, je pense qu’on doit être classé 5ème ou 6ème au rang international. C’est le rang qu’on mérite, on ne mérite pas plus… Moi, quand je vois jouer les All Black, les Australiens, par intermittence les Sud-Africains… Quand je vois l’intensité qu’il y a, la disponibilité des joueurs, l’engagement,… !! Sur une Coupe du Monde, c’est quand même 3-4 matchs à la suite ! Les All Black, ceux de l’hémisphère sud, sont capables de les enchaîner. Sûrement les Anglais aussi… Bon, pour les Français ça risque d’être difficile. Alors, moi, je les vois peut-être en demi finale, mais après, cela risque d’être très compliqué…Ensuite, je pense que les All Black peuvent s’en sortir…

Visvictus : Alors qui vois-tu sur le podium ? Quel tiercé gagnant ?

Christophe MOMBET : Alors, je n’ai jamais gagné au LOTO mais en plus je ne suis pas bon dans les pronostics (rires). Moi, je verrais bien Nouvelle Zélande, Angleterre… après, Australie ou Irlande… Les Sud-Africains, je ne sais pas, ils vont peut-être passer au travers…

Visvictus : Enfin, dernière question. On a des joueurs du Racing 92 qui sont en Equipe Nationale. Selon leur personnalité, qualités physiques… que vont-ils apporter à cette équipe ?

Christophe MOMBET : Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Dimitri SZARZEWSKI.

Dimitri Szarzewski - talonneur
Dimitri Szarzewski – talonneur

C’est un leader d’exemple, c’est quelqu’un qui va tout le temps de l’avant, qui est un moteur, un exemple de professionnalisme, charismatique, rigoureux… Pour lui, ça risque d’être difficile, car je ne suis pas sûr que SAINT ANDRE le mette numéro 1….

Bernard Le Roux 3ème ligne
Bernard Le Roux –  3ème ligne

Bernard LE ROUX, il m’a bluffé par le match qu’il a fait samedi ! C’est un monstre, il a tout pour le rugby moderne : physiquement, il est impressionnant d’activité !… Franchement, moi, j’aime beaucoup.

Eddy Ben Arous - pilier
Eddy Ben Arous – pilier

Eddy BEN AROUS, super ! C’est le prototype du pilier moderne, avec un petit bémol sur la tenue en mêlée… Je pense qu’il doit continuer à progresser là-dessus, parce que même au niveau international, ou surtout au niveau international, c’est très important qu’il ne bouge pas en mêlée et qu’il ne soit pas sanctionné. Le problème, c’est qu’il est relativement souvent sanctionné… Après, c’est vraiment le prototype du pilier moderne, capable de tout faire, d’avoir une activité comme un troisième ligne… très bon joueur…

Brice Dulin - arrière
Brice Dulin – arrière

Brice DULIN ! J’ai pleuré pour lui, dimanche ou samedi dernier parce qu’il est passé à travers son match ! Pas dans un grand jour… Lui, c’est le rugby à la française, du panache… c’est de la relance et du jeu comme on l’aime. Il a cette capacité à remonter les ballons, à passer dans des trous de souris, à enchaîner… Il y a aussi un petit bémol car il faut qu’on arrive à jouer derrière lui. Donc très bon ! Ca, c’est des gars qui peuvent mettre le feu dans la défense adverse.

Alexandre Dumoulin - centre
Alexandre Dumoulin – centre

Et Alexandre DUMOULIN, m’a plutôt favorablement étonné sur le fait qu’il soit sélectionné. Il a double compétence car il peut jouer numéro 10, numéro 12. Il est puissant, il est costaud. On joue toujours après lui, il fait bien jouer. Il peut être physiquement prégnant sur l’adversaire. C’est un joueur discret mais efficace. Je ne pense pas qu’il sera numéro 1 sur son poste mais c’est un gars qui pourra tirer son épingle du jeu dans le cadre d’un Coupe du Monde.

Maxime Machenaud - demi de mêlée
Maxime Machenaud – demi de mêlée

Quant à Maxime MACHENAUD, c’est réellement très dommage ! Il est mon de club c’est vrai, mais quand même ! Il a fait une bonne saison ! Je pense qu’on peut lui dire merci, car l’année dernière souvent à lui tout seul il a aidé, porté l’équipe. Je ne sais pas pourquoi ça n’a pas été suffisant pour le sélectionneur… Je trouve que c’est… pas une faute… mais, ce n’est pas normal qu’il ne soit pas sur la Coupe du Monde…

Visvictus : Alors le mot de la fin ? Toujours dans le rugby ? Pas envie de te diriger vers d’autres sports ?…

Christophe MOMBET : Au golf ? A la retraite peut-être… (rires) Moi, le rugby, j’aime ça ! Après dans ta carrière tu évolues, tu vois les choses d’une autre façon. Avant, j’adorais le terrain, être à l’entraînement tout le temps, construire l’entraînement… Maintenant, c’est un peu différent. C’est plutôt le côté stratégique qui m’intéresse. Comment on va faire pour développer les bons joueurs, pour rester les premiers, pour être champions de France… Ici, c’est un club où on a les moyens de mettre en place des choses et des projets. Donc voilà, c’est ça qui m’intéresse… Et puis je te l’ai dit au départ. Moi, le rugby, je sais faire que ça, je connais que ça. C’est vrai que j’ai déjà fait des choses sur le management auprès des entreprises, mais bon, ça s’arrête là…