Tournoi des 6 Nations 2010

Rugby à XV : Anatomie de la mêlée (scrum)

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Le rugby se démarque des autres sports collectifs par l’affrontement direct des joueurs autour de phases de jeu statiques ou quasi statiques dans les mêlées, les rucks ou les mauls.

La mêlée au rugby à XV

La mêlée est un affrontement physique collectif extrêmement rude, phase de combat autour de laquelle le jeu s’organise. La mêlée est à la fois une phase technique du jeu, avec son objectif concret qui est la mise en jeu du ballon par une lutte collective des deux équipes, et les recommandations techniques qui en découlent pour performer à cette tâche. Mais aussi comme une composante essentielle et constitutive de l’essence du rugby.

Selon la définition de l’IRB ( International Rugby Board) une mêlée :

« est formée dans le champ de jeu quand huit joueurs de chaque équipe, liés entre eux sur trois lignes pour chaque équipe, se joignent à leurs adversaires de façon à ce que les têtes des premières lignes soient imbriquées. Cela crée un tunnel dans lequel le demi de mêlée doit introduire le ballon, de manière à ce que les joueurs de première ligne puissent lutter pour la possession du ballon en le talonnant avec l’un ou l’autre de leurs pieds. L’objectif de la mêlée est de reprendre le jeu […] après une faute mineure ou un arrêt de jeu ».

Organisation de la mêlée au rugby à XV

Les mêlées en rugby à XV, se jouent en 8 x 8. L’organisation en mêlée retenue est celle dite en « 3-4-1 ».

  • Trois joueurs devant, ce sont les 1ères lignes (le talonneur au milieu et les deux piliers de part et d’autre de celui-ci)
  • Quatre sur une deuxième ligne, ce sont les 2èmeslignes respectivement à droite et à gauche du talonneur et les 3èmes   lignes ailes qui sont à leur extérieur et s’accrochent à eux par le bras.
  • Et enfin un joueur sur une troisième ligne, le 3ème ligne centre.

organisation de la mêlée rugby à xv

Les piliers se lient  directement à leur adversaire

Réglementairement le pilier gauche doit se lier en passant son bras gauche en dessous du bras droit de son adversaire direct.

Dans les formations d’entraîneurs, il est exposé que pour être efficace, il doit essayer d’avancer l’extrémité de son épaule droite afin de s’opposer à la poussée du pilier droit adverse.

De même, dans la règle, le pilier droit doit se lier en passant son bras droit à l’extérieur du bras gauche de son adversaire. Il doit s’accrocher avec sa main droite, au maillot, et non à la manche ou au bras du joueur adverse et ne doit pas exercer de pression vers le bas. Dans les formations d’entraîneurs toujours, il est considéré que l’efficacité du pilier droit passe nécessairement par une rentrée très basse et très forte entre le talonneur et le pilier gauche adverses.

Humanities and Social Sciences/Education
Humanities and Social Sciences/Education

Pour éviter les blessures, pour que la mêlée tienne et soit efficace, il est important que chacun des joueurs adopte une position « dos plat ».

Le corps  comme un objet qui produit/absorbe une force (au sens biomécanique du terme)

Même si les techniciens reconnaissent volontiers que le joueur de première ligne doit disposer de ressources mentales et cognitives, il reste que les aspects morphologiques et physiologiques priment dans la mesure où ils sont posés comme ce qui produit la force, son transfert et son contrôle.

L’évolution du rugby au cours des décennies a eu un impact significatif sur les caractéristiques physiques des joueurs. Ainsi Preatoni et coll. (2013) mesurent des forces pic de 16500±1400 N à l’impact et des forces moyennes de 8300±1000 N lors de la poussée en mêlée, dans un groupe d’avants de niveau international. L’utilisation du simulateur de mêlée collective permet de mesurer qu’un impact dure environ 80 millisecondes. Il a été relevé un temps de vibration de 1 seconde environ après l’impact et une augmentation de la poussée 200 millisecondes après l’impact.
Simulateur_Melee_Thales

Ainsi, deux phases sont distinguées:

  • une phase d’impact qui s’apparente à l’amortissement d’une onde de choc

  • une phase de poussée qui relève plutôt d’un maintien de force.

On peut ainsi décrire un double effort du joueur :

  • une poussée et une extension de la tête.

(Figure ci-dessous) Les trois composantes de la force d’appui montrent que la composante horizontale Fz est prépondérante par rapport aux deux autres composantes Fx (verticale) et Fy (latérale). La force de poussée F est la résultante des trois forces Fx, Fy, Fz

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Caractéristiques de la phase de poussée

Les 1ères lignes produisent en moyenne 42% de cette force totale, les 2èmes lignes 37 % et enfin et les 3èmes lignes ailes ne participent plus qu’à 25 % de la production de force totale (e.g. Milburn 1993).

morphologie des avants rugby à XV
morphologie des avants rugby à XV
  • Bernard LE ROUX 3èmeligne– Racing 92 Taille : 1,97m poids : 116kg
  • Dimitri SZARZEWSKI 1èreligne Talonneur– Racing 92 Taille : 1.80m Poids : 102kg
  • Pascal PAPE 2èmeligne Stade Français Paris Taille : 1.95m Poids : 115kg

La phase de poussée  se caractérise par un maintien relativement stable de la force de poussée après l’impact. L’angle de poussée par rapport à l’horizontal est compris entre 8 et 15 degrés.

La poussée en mêlée est un geste nécessitant la production d’un niveau élevé de force. Les études conduites par Eaton et George (2006) sur le championnat professionnel anglais démontrent que la durée moyenne des activités intenses est de 2,5 s pour les avants et 1,7 s pour les arrières.

La durée moyenne d’une mêlée est de 5,8 s

Les forces produites et subies par les joueurs en mêlée sont tout d’abord fonction :

  • du nombre de joueurs
  • de leurs vitesses
  • de leurs poids.

Ce geste impliquant une masse musculaire importante est réalisé en chaîne fermée ce qui implique, lors de mêlée, une bonne stabilisation des articulations du membre inférieur et de l’angle entre les cuisses et le tronc ainsi qu’une bonne rigidité de ce dernier afin que la force soit transmise efficacement. En résumé, cet exercice nécessite un niveau élevé de coordination.

En conséquence, les joueurs les plus performant individuellement en mêlée sont les joueurs les plus lourds, possédant une masse musculaire importante (mésomorphes, Quarrie et Wilson 2000).

Estelle Peyen
Le conseil de la nutritionniste du sport, Estelle Peyen :

“C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, les joueurs de haut niveau sont régulièrement pesés, avec des mesures systématiques de leur taux de masse grasse : pour un même poids, il est intéressant d’avoir un taux de masse grasse optimum (le plus bas possible, en fonction du gabarit et du poste du joueur), la masse grasse étant une masse “inerte”, qui peut être préjudiciable à la gestuelle, aux déplacements, à une bonne thermo-régulation et récupération de l’athlète. Par exemple,  un pilier, aura plutôt un taux de masse grasse situé entre 15-18% (% du poids corporel), alors qu’un demi de mêlée sera à 9-10%.   Les clubs professionnels ont intégré les notions de diététique et nutrition du sportif, pour accompagner la préparation physique du joueur.”

Des chercheurs (Wu, Chang, Wu, Guo, Lin, 2006) ont même mesuré et analysé la force produite individuellement par des avants en fonction de différentes postures. Faisant varier la hauteur du corps et la position des pieds, ces chercheurs ont observé les angles, induits par chaque posture, au niveau des hanches, des genoux, des chevilles et ont corrélé ces éléments avec la force produite par le joueur. De ces travaux résulte une connaissance de plus en plus précise des contraintes biomécaniques en mêlée et des variables d’ajustement qu’utilisent les joueurs, notamment en termes de posture. La position du corps des joueurs est décrite de manière précise.

Pour une bonne poussée en mêlée, l’angle formé par les jambes et le tronc doit être de 130 degrés et celui entre l’arrière de la cuisse et l’arrière du mollet de 160 degrés.

Humanities and Social Sciences/Education
Humanities and Social Sciences/Education

Une position où les jambes sont en extension, et où les pieds restent en contact à plat sur le sol (plutôt que d’être en appui seulement sur les orteils) semble plus efficace pour produire une force de poussée élevée.

Quarrie et Wilson (2000) soulignent qu’un pack performant produit une force supérieure à la somme des forces produites par chacun des joueurs sur un joug à une tête.

Caractéristique de la phase d’impact

La phase d’impact se caractérise comme l’amortissement d’une onde de choc dont la durée est de l’ordre de 0,2 seconde. En début d’impact, l’amplitude maximale du premier lobe (force d’impact maximal) est comprise entre 3 000 et 13 000 N. Cette amplitude est corrélée avec le niveau d’expertise et le genre. Les amplitudes des lobes suivants, généralement au nombre de trois, diminuent jusqu’à l’obtention d’un niveau stable correspondant à l’effort de poussée.

L’impact a pour unique fonction de déstabiliser l’adversaire, et que l’enjeu pour l’équipe qui le remporte est de réussir également à garder son équilibre.

En effet, une comparaison entre des poussées avec et sans impact a montré que l’on obtient des relevés de force identiques.

Extension de la tête

 

 Les forces d’extension de la tête sont comprises entre 250 et 600 N.

Engagements répétés – Fatigue

Lors de la succession d’engagements avec impact, les caractéristiques de la phase d’impact et de la phase de poussée sont progressivement modifiées et sont attribuées à l’installation de la fatigue. Une augmentation de la force maximale d’impact de l’ordre de 2 % est accompagnée par une diminution de l’angle du vecteur de poussée illustrant par là-même, la tendance à produire une mêlée descendante. De plus, la force moyenne de la poussée diminue (2 %) ainsi que celle d’extension de la tête, mais jusqu’à atteindre 40 % de la force d’extension initiale.

Il est mis en évidence que la répétition d’entrées en mêlée pouvait entraîner l’apparition de fatigue musculaire importante des extenseurs du cou traduite par une baisse de la force en extension isométrique tandis qu’une faible diminution de la force mesurée en poussée était enregistrée.

Certains muscles ne sont pas (ou peu) mobilisés chez les joueurs de 1ère ligne

L’analyse de la littérature démontre que lors des actions statiques, notamment lors des mêlées, les joueurs réalisent des contractions de type isométriques (ou quasi isométriques) de hautes intensités voire d’intensité maximale. Le cas de la contraction isométrique a été étudié dans un précédent article du fait qu’elle présente certaines particularités comparées aux contractions dynamiques, lire l’article : les régimes de contraction musculaire : Quelle méthode pour quels résultats sur la force musculaire, la masse musculaire, la prévention des blessures…

Lors du 2ème regroupement national de l’académie des 1ère lignes des 11 et 12 Décembre 2009, Il est mis en lumière que certains muscles : les releveurs du pied, les ischio-jambiers, les fléchisseurs des hanches et du tronc, ne sont pas (ou peu) mobilisés chez les joueurs de 1ère ligne.

Bibliographie

Marion Kellin. Santé et performance au coeur de la mêlée dans le rugby a XV. Experiences corporelles, normes propres et sensibilites des joueurs de premiere ligne. Education. Universitée Blaise Pascal – Clermont-Ferrand II, 2012.

Mathieu LACOME. Analyse de la tâche et physiologie appliquée au rugby : Etude de la fatigue associée a l’exercice maximal isomètrique répété. UNIVERSITÉ CLAUDE BERNARD LYON 1, 2013.

Benoit Bideau. Biomécanique du mouvement et interactions sportives. Universitée Rennes 2, 2012.

Didier GAMET, Emmanuel DORE, Julien PISCIONE. Ergomètre Rugbor V2 : mesure de la performance du joueur en mêlée de rugby. Edition T.I. IN88. 4-2008.

Quarrie K.L., Wilson B.D. Force production in the rugby union scrum. Journal of Sports Sciences, 1999, 18, 237-246.

Julien Cramet, Ludovic Desre, Mathieu Ribadoux, Guillaume Wacquiez. Première ligne au rugby: attention aux casse-cou! KS N°488-2008.